Il y a deux séries de chiffres à ne pas confondre, et c'est presque toujours la deuxième qui surprend les indépendants en cours d'année. D'un côté les plafonds du régime micro, très hauts, que peu de monde atteint. De l'autre les seuils de TVA, bien plus bas — et franchir ceux-là change vos prix du jour au lendemain.
Les plafonds du régime micro-entreprise en 2026
Commençons par le plus simple. Pour rester au régime de la micro-entreprise — celui qui vous évite un bilan comptable et une déclaration de TVA — votre chiffre d'affaires annuel encaissé ne doit pas dépasser :
| Nature de votre activité | Plafond 2026 |
|---|---|
| Vente de marchandises, restauration sur place, fourniture d'hébergement | 203 100 € |
| Prestations de services (BIC) et activités libérales (BNC) | 83 600 € |
| Activité mixte (vente + services) | 203 100 € au total, dont 83 600 € maximum de services |
Trois précisions qui évitent bien des erreurs de calcul :
- On parle de chiffre d'affaires encaissé, pas facturé. Une facture émise le 20 décembre mais payée le 8 janvier compte sur l'année suivante. C'est la date du virement qui fait foi, pas celle du document.
- Aucune charge ne se déduit. Vous avez acheté pour 30 000 € de matériaux ? Ils ne viennent pas en déduction. Le régime micro applique un abattement forfaitaire — 71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité — au moment de l'impôt, mais jamais pour le calcul des plafonds.
- Le calcul porte sur l'année civile, du 1er janvier au 31 décembre, quelle que soit la date de votre création.
À retenir : ces plafonds sont hauts. En prestations de services, 83 600 € encaissés représentent environ 7 000 € par mois. La très grande majorité des auto-entrepreneurs ne les approche jamais — et se heurte bien avant à un autre seuil, celui de la TVA.
Les seuils de TVA : le vrai point de bascule
C'est ici que se joue la vraie rupture. La franchise en base de TVA vous dispense de facturer la TVA à vos clients, mais aussi de la récupérer sur vos achats. Elle s'arrête à des montants nettement inférieurs aux plafonds du régime micro :
| Activité | Seuil de franchise | Seuil majoré |
|---|---|---|
| Prestations de services et activités libérales | 37 500 € | 41 250 € |
| Vente de marchandises et hébergement | 85 000 € | 93 500 € |
Le mécanisme fonctionne à deux étages, et c'est ce qui le rend déroutant :
- Vous dépassez le seuil de franchise (37 500 € ou 85 000 €) sans atteindre le seuil majoré : vous restez en franchise jusqu'au 31 décembre, et devenez redevable de la TVA au 1er janvier suivant. Vous avez donc quelques mois pour vous organiser.
- Vous franchissez le seuil majoré (41 250 € ou 93 500 €) : la TVA devient exigible immédiatement, dès le premier jour du mois du dépassement. Toutes les factures émises à partir de ce moment doivent porter la TVA.
Le scénario qui fait mal. Vous êtes graphiste, vous encaissez 42 000 € en novembre. Le seuil majoré est franchi : vous devez la TVA sur toutes vos factures du mois de novembre — y compris celles déjà envoyées sans TVA à des particuliers qui ne vous rembourseront jamais les 20 %. Sur une facture de 3 000 €, ce sont 600 € qui sortent de votre poche.
Deux conséquences pratiques dès que vous êtes assujetti : vous devez demander un numéro de TVA intracommunautaire à votre service des impôts des entreprises, retirer la mention « TVA non applicable — article 293 B du CGI » de vos factures, et déposer des déclarations de TVA. En contrepartie, vous récupérez la TVA sur vos achats professionnels — ce qui n'est pas négligeable si vous achetez beaucoup de matériel.
Et le seuil unique à 25 000 € ? Il a beaucoup fait parler fin 2024 : le projet de loi de finances prévoyait d'abaisser la franchise à 25 000 € pour toutes les activités. Face à la mobilisation des indépendants, la mesure a été suspendue puis abandonnée. Au 1er janvier 2026, rien n'a changé : les seuils différenciés restent en vigueur.
Vous ne savez pas où vous en êtes de vos seuils ?
AEcompagnon additionne vos encaissements au fil de l'eau et affiche une jauge claire : ce qu'il vous reste avant le plafond micro, et avant le seuil de TVA. L'alerte arrive avant le dépassement.
Sans carte bancaire · Application française · Vos données restent chez vousPremière année : le calcul au prorata
Si vous avez créé votre activité en cours d'année, les plafonds du régime micro sont réduits proportionnellement au nombre de jours d'activité. La formule est simple :
Plafond ajusté = plafond annuel × nombre de jours d'activité ÷ 365
Un exemple concret. Vous vous lancez comme électricien le 1er septembre 2026. Il reste 122 jours dans l'année :
83 600 € × 122 ÷ 365 = 27 940 €
C'est ce montant, et non 83 600 €, qu'il ne faut pas dépasser sur votre première année civile. Bonne nouvelle en revanche : les seuils de TVA, eux, ne sont pas proratisés. Votre franchise court bien jusqu'à 37 500 € même si vous démarrez en octobre.
Que se passe-t-il si vous dépassez ?
Un dépassement des plafonds du régime micro n'a rien d'immédiat ni de dramatique. La règle est celle des deux années consécutives :
- Première année de dépassement : rien ne change. Vous restez au régime micro, vous continuez à déclarer comme d'habitude.
- Deuxième année consécutive de dépassement : vous sortez du régime micro-entreprise au 1er janvier de l'année suivante, et basculez vers un régime réel d'imposition — avec comptabilité complète, bilan et déduction des charges réelles.
Si votre chiffre d'affaires redescend sous le plafond la deuxième année, vous restez au régime micro sans aucune démarche. Ce n'est donc pas une année exceptionnelle qui vous fait basculer, mais une progression durable.
Sortir du régime micro n'est pas une punition. Au-delà d'un certain niveau de charges réelles, le régime réel devient souvent plus avantageux : vous déduisez votre matériel, votre véhicule, votre local. Le moment venu, un échange avec un expert-comptable vaut largement son coût.
Le cas particulier de l'activité mixte
Vous vendez des marchandises et réalisez des prestations ? Un fleuriste qui vend des bouquets et compose des décorations de mariage, par exemple. Deux limites s'appliquent en même temps :
- Le chiffre d'affaires global ne doit pas dépasser 203 100 €.
- La part prestations de services ne doit pas dépasser 83 600 € à elle seule.
Concrètement, 150 000 € de vente et 90 000 € de prestations vous font dépasser, alors même que la première limite semble respectée : la part services excède son propre plafond. D'où l'importance de ventiler correctement vos recettes dès la facturation, plutôt que de tout reconstituer en fin d'année.
Ventilez vos recettes dès la facturation
Vente ou prestation : AEcompagnon range chaque ligne dans la bonne catégorie et tient les deux compteurs séparément. Plus de reconstitution douloureuse au mois de décembre.
Sans carte bancaire · Application française · Vos données restent chez vousComment suivre ses seuils sans y penser
Le vrai problème n'est pas de connaître les chiffres — vous venez de les lire — mais de savoir où vous en êtes un mardi de septembre, entre deux chantiers. Peu d'indépendants tiennent un compteur à jour, et c'est précisément comme ça qu'on franchit un seuil de TVA sans s'en apercevoir.
Trois méthodes, de la plus artisanale à la plus tranquille :
- Le tableur. Gratuit, mais il faut y penser à chaque encaissement, et surtout ne pas se tromper entre facturé et encaissé. En pratique, il est à jour en janvier et abandonné en avril.
- Le relevé bancaire. Fiable sur les montants, mais il mélange les remboursements, les virements personnels et les encaissements professionnels. Le total de fin d'année demande un tri fastidieux.
- Une application qui compte pour vous. Chaque facture marquée payée alimente automatiquement le compteur, avec une jauge qui montre la distance restante jusqu'au plafond et jusqu'au seuil de TVA — et une alerte avant, pas après.
C'est exactement ce que fait AEcompagnon : vous facturez normalement, l'application suit vos seuils en arrière-plan et vous prévient quand vous approchez de la zone sensible. Vous pouvez aussi consulter en un coup d'œil le montant de cotisations URSSAF à provisionner, qui découle des mêmes encaissements.
Questions fréquentes
Quel est le plafond auto-entrepreneur en 2026 ?
En 2026, le plafond de chiffre d'affaires du régime micro-entreprise est de 203 100 € pour les activités de vente de marchandises et de fourniture d'hébergement, et de 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. Ces montants s'apprécient sur le chiffre d'affaires hors taxes encaissé au cours d'une année civile complète.
À partir de quel montant faut-il facturer la TVA ?
La franchise en base de TVA s'applique jusqu'à 37 500 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services et 85 000 € pour la vente de marchandises. Des seuils majorés existent à 41 250 € et 93 500 € : les franchir en cours d'année rend la TVA exigible immédiatement.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond micro-entreprise ?
Un dépassement sur une seule année n'a pas d'effet immédiat sur le régime micro. C'est le dépassement pendant deux années civiles consécutives qui entraîne la sortie du régime, au 1er janvier de l'année suivante. Vous basculez alors vers le régime réel d'imposition.
Les plafonds sont-ils réduits la première année ?
Oui. En cas de début d'activité en cours d'année, les plafonds sont calculés au prorata du nombre de jours d'activité. Une activité de services démarrée le 1er juillet donne un plafond d'environ 42 000 € pour cette première année, et non 83 600 €.
Le seuil unique de TVA à 25 000 € s'applique-t-il en 2026 ?
Non. Cette mesure, proposée fin 2024, a été suspendue puis abandonnée face à la mobilisation des indépendants. Les seuils différenciés de 37 500 € en services et 85 000 € en vente restent en vigueur en 2026.